Histoire du chocolat : de l'Amazonie à la tablette équitable

Par Rémi Castagné · Publié le

Chocolatière en terre cuite et moussoir en bois tourné près d'un bol de chocolat épais et de fèves de cacao décortiquées, sur une table de bois patiné

La tablette que vous cassez en deux le soir est l’aboutissement d’une histoire de cinq millénaires, qui commence très loin des Mayas auxquels on l’attribue d’ordinaire, passe par une monnaie d’échange, une boisson pimentée, une cour royale et une usine de la vallée de la Marne. La suivre change la façon de lire un emballage : vous saurez d’où vient la fève, pourquoi Bayonne et Versailles comptent dans cette histoire, et ce que le mot « équitable » ajoute aujourd’hui à une très vieille affaire de prix.

Cinq mille ans, et l’Amazonie plutôt que le Mexique

Le point de départ a été déplacé récemment. En mars 2024, une équipe internationale coordonnée par le Cirad, l’organisme français de recherche agronomique pour les régions tropicales, a publié dans Scientific Reports l’analyse de l’ADN ancien et des résidus alimentaires conservés dans 352 objets archéologiques en céramique, issus de 19 cultures précolombiennes d’Équateur, de Colombie, du Pérou, du Mexique, du Belize et du Panama, datés de 5 900 à 400 ans avant le présent.

Résultat : l’usage et la domestication du cacao remontent à plus de 5 000 ans en Amérique du Sud, hors d’Amazonie, soit environ 1 500 ans avant sa domestication en Amérique centrale. Les génomes retrouvés mêlent plusieurs populations de cacaoyers venues de régions amazoniennes distinctes, signe d’échanges intenses entre les peuples de la côte Pacifique et ceux de l’intérieur, bien avant toute navigation européenne.

Une monnaie avant d’être un dessert

Chez les Mayas puis les Aztèques, la fève n’était pas une friandise : elle servait de tribut et de monnaie d’échange, et la boisson qu’on en tirait, diluée à l’eau, relevée de piment et colorée au roucou, restait réservée aux élites et aux cérémonies. Le nom scientifique de l’arbre garde la trace de ce statut : Theobroma cacao, « nourriture des dieux », comme le rappelle la Fondation Klorane, qui situe l’arrivée des premières cargaisons en Espagne dans les années 1520, suivie d’un monopole commercial espagnol. Le sucre et la vanille viendront plus tard : le chocolat des origines est amer.

Ce schéma vous dira quelque chose si vous avez lu notre histoire du café : une plante tropicale, un monopole européen, des plantations coloniales, puis une boisson d’abord élitiste. Les deux produits ont voyagé sur les mêmes navires et obéi à la même mécanique.

Bayonne, puis Versailles

En France, le chocolat entre par le sud-ouest. Le château de Versailles rattache son introduction à 1615, année du mariage de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, célébré à Bayonne. Louis XIV en répand l’usage à la cour ; Louis XV, un siècle plus tard, le préparait parfois lui-même dans les cuisines de ses appartements privés, et sa recette nous est parvenue par un livre de cuisine de 1755. En 1770, Marie-Antoinette arrive avec son chocolatier personnel, qui reçoit le titre officiel de « chocolatier de la reine ».

Bayonne, elle, ne doit rien au hasard. Selon l’office de tourisme de Bayonne, l’introduction du chocolat dans la ville remonte au XVIIe siècle, portée par des réfugiés juifs portugais fuyant l’Inquisition, installés dans le quartier Saint-Esprit, et par le rôle du port dans le commerce des fèves. La ville est restée un centre de production artisanale, et ses chocolatiers se regroupent aujourd’hui au sein d’une Académie du chocolat. Comme pour les cafés, le lieu a fait autant que la recette — les bistrots parisiens le racontent à leur manière.

La tablette, puis le rayon

Tant que le chocolat se boit, il reste cher et rare. C’est l’industrie du XIXe siècle qui le met dans toutes les mains : Versailles cite le développement de fabriques comme Menier en France et Cadbury en Angleterre comme le moment de la véritable popularisation de la fève.

Aujourd’hui, le chocolat est une industrie ordinaire. Le Syndicat du chocolat compte 115 entreprises en France, dont 90 % de PME, environ 30 000 emplois, et 343 099 tonnes vendues en grande distribution en 2024 pour 3,9 milliards d’euros ; les tablettes y pèsent un tiers des volumes. Particularité française : le chocolat noir représente près de 30 % de la consommation adulte, contre 5 % en moyenne européenne.

Où en est la fève, cinq mille ans plus tard

Le déséquilibre du départ n’a pas disparu. Le Cirad dénombre 5,5 millions de producteurs au Sud pour environ 5 millions de tonnes de cacao, sur plus de 12 millions d’hectares, avec des rendements allant de 150 à 2 500 kg par hectare ; la Côte d’Ivoire fournit à elle seule 44 % de la production mondiale, et quatre pays africains plus de 70 %.

C’est à cet endroit que les labels interviennent, avec des barèmes publics et datés : Fairtrade a porté au 1er octobre 2026 son prix minimum pour les fèves conventionnelles à 3 500 dollars la tonne au Ghana et 3 200 euros en Côte d’Ivoire, avec une prime collective de 275 dollars (250 euros), dont 40 % au moins doivent désormais être reversés en espèces aux producteurs. Le mécanisme complet, du producteur au rayon, vaut pour le cacao comme pour le café équitable, et tous les logos ne promettent pas la même chose : Rainforest Alliance certifie des pratiques agricoles, sans prix plancher.

Devant le rayon, l’erreur courante est de s’arrêter au pourcentage de cacao imprimé en gros : il parle de recette, pas de rémunération. Le nom du label et le pays d’origine, en petits caractères au dos, en disent beaucoup plus — et ils prolongent, à leur façon, cinq mille ans d’histoire.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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